TERROIRS

 


"Les bons cépages ne fournissent de bon vin que sur les terroirs adéquats et ne donnent le meilleur d'eux-mêmes que sur leurs terroirs de prédilection".

Pierre Lotigie-Laurent

 

Le terroir est l'ensemble des facteurs naturels -climatiques, pédologiques, géologiques- et humains -usages, savoir-faire- qui constituent l'environnement de fait d'un vignoble et président à l'élaboration du vin.

S'il est aisé de découvrir aujourd'hui les terroirs de Savoie, on a peine à imaginer ce qu'ils furent autrefois car nombre d'entre eux ont disparu suite à la crise phylloxérique ou à cause de l'urbanisation du XXème siècle.
Qui peut se vanter d'avoir bu des vins de Tarentaise, de Maurienne, des vallées de l'Arve ou du Guiers ? Qui sait encore que la cluse qui va de Faverges à Annecy était tapissée de vigne jusque sur les bords du lac ? Qui connaît encore les vins de Digny au bouquet de truffe et au goût de calcaire, ceux de Virieu, de Conflans ou bien de Bossey ?
On ne recense actuellement plus que huit terroirs distincts qui représentent les régions de production des 22 crus savoyards.

Autrefois la vigne acclimatée dans les vallées intra-alpines a pu mûrir à des altitudes élevées. En 1943 Le géographe Raoul Blanchard observait "qu'un des vignobles les plus forcenés du domaine alpin" poussait à 800 mètres, à l'adrêt de Bozel en Tarentaise alors qu'en Maurienne on cultivait la vigne jusqu'au village de St André à près de 1000 mètres d'altitude. Il faut bien reconnaître que les résultats étaient souvent assez médiocres. A l'inverse, les vignobles aujourd'hui disparus de l'Echaillon et de Princens au-dessus de St Jean de Maurienne produisaient un vin (cépage Persan) très estimé au XIXème siècle.

On pourrait continuer de penser que la culture de la vigne est inappropriée en montagne. Ce serait faire erreur et méconnaître les très estimables crus qui poussent aujourd'hui sur les flancs plus ou moins escarpés des massifs des Alpes.
La vigne n'est pas une plante exigeante et peut s'accommoder de sols variés et de conditions climatiques difficiles si la combinaison entre altitude, pente du terrain et exposition est favorable. A cela doivent s'ajouter un ensoleillement convenable (11° de moyenne sur l'année et 18° en été ) et 800 à 1000 mm de pluie. La Savoie, profitant du climat tempéré du 45ème parallèle répond parfaitement à ces conditions.


"Le vignoble savoyard forme une mosaïque complexe au gré des différentes vallées dans lesquelles il est établi en îlots plus ou moins importants. Cette diversité géographique se retrouve dans les variantes climatiques, accentuées par le relief ou tempérées par le voisinage des lacs Léman ou du Bourget". (Guide Hachette 1994 des Vins)


Le Relief

"La production d'un vin de qualité exige un sol pauvre en matières organiques et en éléments fertilisants qui limitent naturellement la vigueur de la plante. Le sol également doit être filtrant, c'est à dire comporter une proportion de cailloux suffisante pour jouer le rôle de drains et accessoirement ajouter un effet thermique en restituant pendant la nuit la chaleur emmagasinée durant la journée. Enfin, un sol clair apparaît bénéfique dans la mesure où il aura tendance à réfléchir vers la plante les rayons solaires. Les sols réunissant tout ou partie de ces caractéristiques sont nombreux en Savoie.
 
Avec une altitude moyenne de 1500 m, 36 sommets de plus de 3 500 m et 107 de plus de 3000 m, la Savoie s'identifie comme un département de haute montagne dans lequel on a peu de chance de découvrir des vignobles.
Mais les glaciers du quaternaire ont modelé de grandes vallées et, en se retirant, abandonné d'importantes quantités de roches arrachées aux sommets ou aux versants : les moraines. Ces amas ainsi que les cônes de déjection torrentiels ou les effondrements accidentels (Granier), combinés à des conditions altitudinales (entre 300 et 600 m) et à des expositions propices constituent des sites privilégiés pour l'implantation de la vigne.

Le Climat

"En dépit de son caractère montagneux, la Savoie présente un climat étonnamment tempéré, sa dominante continentale étant modulée par de fortes influences océaniques. Mais c'est surtout le contraste des situations, trouvant son origine dans les différences d'altitude, qui apparaît le plus marquant.
Les précipitations, augmentant avec l'altitude, atteignent un niveau relativement élevé en Savoie (1 200 mm par an), mais sont réparties de façon homogène (environ 150 jours) sur les différents mois de l'année. Du fait de l'installation du vignoble sur des sols souvent pentus et généralement bien drainés, l'importance des apports d'eau n'est pas gênante. Par contre, leur régularité favorise le développement des maladies cryptogamiques, peut engendrer la coulure au moment de la floraison et prédispose aux gels de printemps, quand la neige stationne encore à basse altitude, ou aux chutes de grêle estivales.

La valeur moyenne des températures se situe autour de 10°C, soit à peine au dessus du seuil de 9,5° C qui constitue la limite généralement admise pour la culture de la vigne. La proximité de cette limite accroît le risque de gel.

Les gelées d'hiver sont relativement rares car les cépages régionaux peuvent résister à des températures de l'ordre de -15°C et la neige constitue souvent une protection. Par contre, les gelées de printemps sont plus fréquentes et le seul moyen de lutte passive consiste à éliminer la vigne des zones de fond de vallée où les risques sont les plus grands.
Avec une moyenne de 1 800 heures à Chambéry, l'ensoleillement savoyard accuse un déficit de près de 1 000 heures par rapport au vignoble méditerranéen. Mais les versants occupés par la vigne bénéficient d'un apport énergétique supérieur du fait de leur exposition. De plus, ces caractéristiques conduisent le raisin à maturité vers la fin du mois de septembre, alors que les grandes chaleurs sont passées.
 

Du fait de son enclavement entre de grands massifs, la Savoie est peu ventée. Le régime des vents combine un flux dominant d'ouest (doux et humide) et un vent du nord (froid et sec), redouté au printemps.
Il se complique avec les brises qui, sous l'effet du soleil, remontent le matin l'air plus chaud et parfois humide des vallées (induisant des risques d'orage) et, inversement, ramènent le soir
l'air refroidi en altitude.

Les conditions climatiques nécessaires à la culture de la vigne sont donc globalement satisfaites en Savoie. Cependant, la marge de sécurité vis à vis des contraintes d'ensoleillement et de températures demeure étroite. Il suffit, par exemple, d'un printemps froid et humide ou d'un automne moins clément qu'à l'accoutumée pour produire un vin déséquilibré ou même réduire à néant le travail du vigneron".

Doc. Comité Interprofessionnel des Vins de Savoie

 

 

Chautagne

 

La tradition viticole en Chautagne remonte à une époque très reculée. Le premier témoignage écrit date du Xème siècle. Dès le XIVème siècle le vin de Chautagne gagne ses lettres de noblesse, notamment à la table du Comte de Savoie, dans le commerce avec Genève et au XVIIIème siècle à la cour de Sardaigne. Cette réputation flatteuse ne se démentira pas jusqu'au XIXème siècle.

 
Située au nord-ouest du département de la Savoie et au nord du lac du Bourget , la Chautagne a droit a un cru particulier depuis 1973 : l'A.O.C. Vin de Savoie cru Chautagne.
Étalés sur les flancs du Gros Foug, les vignobles de Chautagne poussent sur des éboulis calcaires, des grès calcaires molassiques ou des placages morainiques. Ils s'étagent de 250 mètres à 500 mètres d'altitude entre la plaine alluviale du Rhône et profitent d'un climat particulièrement bienveillant avec une température annuelle moyenne de 20°C.

Ici la vigne est abritée des vents par la dorsale montagneuse, et malgré une moyenne annuelle de 1080 mm de pluie elle peut profiter d'un ensoleillement optimal, lui-même tempéré par la proximité du lac du Bourget, enfin on ne connaît pas ici les dangers du gel.
Le Gamay qui occupe ici 45 % du vignoble peut s'épanouir pleinement.

On citera "pour la bonne bouche" ce savoureux portrait tracé par M. Deville :
"Boire à tout bout de champ, descendre les quatre marches de la cave avec l'ami, le voisin, le passant le plus fortuit, n'importe quel représentant de l'espèce humaine devenu l'interlocuteur de l'instant ; tirer dans un petit verre, un vin qu'on avale l'oeil au plafond, à petites gorgées espacées, répéter l'opération autant de fois que l'exigent les circonstances, dont une intuition admirable révèle exactement la bienséante mesure, tel est le rite, tel est le sacrement social du Chautagnard."

Cluse de Chambéry

 

Le vignoble de la cluse de Chambéry est connu depuis le Xème siècle, dès le XIème siècle le vin blanc de Chignin est qualifié d' "optimi vini". Le Marquis Costa de Beauregard notait en 1774 que la vigne était cultivée ici en berceau sur des cerisiers de trois mètres de haut dont les branches étaient entrecroisées. Cette méthode a aujourd'hui complètement disparu dans les environs.

La cluse de Chambéry se faufile entre le massif des Bauges et celui de la Chartreuse. C'est un carrefour entre la vallée du Grésivaudan, la combe de Savoie et la vallée de Chambéry. Son vignoble s'épanouit sur des boues glaciaires, d'anciens alluvions ou des sols peu calcaires mais reposant sur un sous-sol caillouteux.
En 1248 l'éboulement de 0,5 km3 de pierrailles du Mont Granier modifia une partie du paysage géologique de la vallée en engendrant un relief chaotique constitué de formations variées à dominante argilo-calcaire où se trouvent mêlés des gros blocs peu altérés.

Des effondrements moins importants ont eu lieu, notamment en 1953, heureusement sans conséquences. Sur ces terrains difficiles poussent les célèbres cru Abymes et Apremont, ils s'étagent entre 290 et 500 mètres d'altitude. Le cépage roi est ici la Jacquère.

A la croisée de la Cluse de Chambéry et de la Combe de Savoie,
le petit lac de St André au milieu des vignes.

En face sur le revers nord-est de la cluse de Chambéry pousse le cru Monterminod. Exposé plein sud il occupe un placage morainique lessivé sur les hauteurs de St Alban-Leysse.
Les vignobles de Barby (Corgnoles), d'Aix-les-Bains (Touvières) et du Bourget-du-Lac (Charpignat) ont disparu.

Combe de Savoie

 

"Nulle part ailleurs, l'exposition au sud-est, et même localement au sud, sous les falaises baujues ("du massif des Bauges" n.d.l.a), n'est mieux réalisée qu'au long de ces 17 km qui vont de Montmélian aux Moulins de Fréterive."

Raoul Blanchard

La combe de Savoie longe l'Isère d'Albertville à Montmélian, elle est jalonnée de vignobles sur presque toute sa longueur, essentiellement sur le versant sud du massif des Bauges. Comme dans la cluse de Chambéry le vignoble est cultivé sur des boues glaciaires, d'anciens alluvions ou des sols peu calcaires mais reposant sur un sous-sol caillouteux. La variation des types d'argile ou de marnes mélangées aux colluvions calcaires détermine les différents crus.
L'altitude varie de 290 à 500 mètres mais l'orientation reste sud-est sur toute la longueur du vignoble.

On cultive ici à peu près tous les cépages agréés exceptés le Chasselas, le Gringet, et la Molette.

 


La vigne est cultivée en Combe de Savoie depuis une époque très lointaine, dès le XIème siècle elle participe à l'enrichissement de l'Église et notamment des différents monastères de la région ( Chartreux d'Aillons ou de St Hugon, Bénédictins de Bellevaux, Trappistes de Tamié ou Cisterciennes de Betton) qui n'hésitent pas à se disputer les profits de testaments et autres donations. En 1608 un "touriste" Anglais écrit : "Sur tout le chemin entre Chambéry et Aiguebelle, je vis une abondance infinie de clos de vigne plantés au pied des Alpes de chaque côté de la route...".

Depuis le XIXème siècle la Combe de Savoie se divise en deux vignobles : l'un en amont est destiné à la production familiale, l'autre en aval est orienté à la vente.


Le diguement de l'Isère

Les milliers de touristes qui empruntent aujourd'hui l'autoroute A430 pour se rendre dans les grandes stations de ski de Tarentaise seraient surpris si on leur brossait le paysage qu'offrait la Combe de Savoie au début du XIXème siècle.


L'Isère à Montmélian

Il faut en effet imaginer une plaine dans laquelle divaguait un fleuve très capricieux. L'Isère avait un lit de torrent, en tresse, d'une largeur pouvant atteindre le kilomètre. La rivière déplaçait son lit dans cette bande à chaque crue, et de nouveaux bras se formaient. F. GEX décrit "un sol amphibie que se partageaient des bas-fonds marécageux et des glières arides entrecoupées de trainées limoneuses fertiles mais émiettées (...) en d'innombrables îles précaires et fantômes".
Le cours vagabond de l'Isère se portait capricieusement de gauche à droite de la vallée "et à chaque crue le cultivateur éprouvait le spectacle affligeant de nouvelles dévastations ou irruptions qui corrodaient, innondaient (...) une partie précieuse de riches terrains".
Outre ces méfaits agricoles, la rivière était indirectement la cause de fièvres paludéennes, notamment sur sa rive gauche moins ensoleillée.

Dès 1787, Victor-Amédée II créait une Commission d'étude pour le diguement de l'Isère avec pour objectifs : " protéger les biens privés et communaux ; mettre en culture les « glières »16 et marais peu productifs ; fournir du travail pour fixer la population ; lutter contre les fièvres paludéennes ; produire des denrées agricoles (blé, herbe) autres que la blache ; créer sur les digues des voies de communication directes et des ponts ; améliorer la navigation (chenal unique) ; créer un chenal non guéable dans un but de protection militaire".
Mais, de rapports divers en projets avortés les travaux ne commencèrent réellement qu'après les périodes mouvementées de la première Annexion (1792) et de l'Empire. C'est en effet le 17 août 1824 que le roi Charles-Félix ordonna la pose de la première pierre du diguement près du bourg de l'Hôpital (future Albertville). Cependant les plans et les devis ne furent achevés qu'en 1826, et les travaux ne commencèrent qu'en 1829.

L'énorme chantier s'étira sur plus d'Albertville à Montmélian (soient une quarantaine de kilomètres). Au plus fort des travaux, près de 4000 hommes, femmes et enfants participèrent au chantier, tant au creusement du chenal artificiel, qu'à l'exploitation des carrières ou à la construction des digues. Les contraintes étaient multiples : intempéries, problème d'étanchéité des rives, revendications communales et intérêts locaux divergents compliquèrent une tâche déjà colossale.

En 1853, à l'achèvement du gros oeuvre (digues et routes), les frais s'élevaient à 6 079 181 francs-or ; somme à laquelle s'ajoutèrent 2 000 000 de francs pour les frais d'achats de terrains et d'entretien des digues après les crues annuelles.

Avec l'endiguement de l'Isère les terres de la plaine devinrent cultivables et la rivière devint navigable, ceci concourut à une plus grande prospérité de la vallée et à une importante amélioration de conditions sanitaires de vie des cultivateurs locaux en faisant disparaitre quasi-immédiatement le paludisme de la Combe de Savoie. Le diguement eut aussi pour conséquence de modifier profondément le régime local de la propriété en en ouvrant l'accès "aux sans-bien (...), au gros bataillon des vignerons et journaliers qui végétaient dans le métayage et le fermage des domaines et spécialement du vignoble que se partageaient les gros propriétaires".
Paradoxalement, si la surface agricole fut plus que triplée par l'amendement et la stabilisation des terrains, ces travaux eurent pour conséquence de faire diminuer les surfaces viticoles en Combe de Savoie en favorisant la création de terres propres à assurer aux populations locales une "subsistance" que le vignoble n'était pas toujours capable de donner.

Sources :
-
François Gex : Le diguement de l'Isère dans la Combe de Savoie
-
Jacky Girel : Histoire de l’endiguement de l’Isère en Savoie : conséquences sur l’organisation dupaysage et la biodiversité actuelle.

Carte du diguement


A partir de 1878 la crise phylloxérique anéantira tout le vignoble qu'il faudra reconstituer mais qui ne retrouvera pas son ampleur passée. La crise phylloxérique aura pour effet secondaire de démocratiser le régime de la propriété en combe de Savoie. En effet, les grands propriétaires privés pendant une dizaine d'années du revenu de leurs vignes, préférèrent s'en débarrasser "pour chercher ailleurs des placements moins précaires".


Les pépinières de la Combe de Savoie

Fréterive est véritablement une curiosité dans le paysage viticole savoyard : c'est une commune qui ne possède pas de cru propre, qui regroupe nombre de vignerons (et pas des moindres !) et dont la notoriété vient de ses pépinières de plants de vigne.
Les ceps étaient autrefois reproduits par marcottage (ou provignage), mais la crise phylloxérique de 1878 détruisit en quelques années le vignoble savoyard. Pour le recréer on préféra le greffage au marcottage, aux semis et au bouturage, ce système permettait en effet d'associer le système racinaire d'un porte-greffe américain à un greffon issu d'un cépage local. On reconstitua donc le vignoble avec des porte-greffes américains de type Riparia résistants au phylloxéra.


Greffe anglaise

Greffe moderne Oméga

On découvrit alors entre Fréterive, Aiton et St Pierre d'Albigny un terroir idéal pour obtenir des plants greffés et les premières pépinières artisanales furent crées à l'aube du premier conflit mondial.
La vallée est aujourd'hui le deuxième producteur français de plants de vigne avec 20 millions de pieds commercialisés annuellement en Champagne (50%), dans le Bordelais (15%), le Chablis-Sancerrois (10%), la Bourgogne (5%), et le Beaujolais (5%), le reste se ventile entre le Midi, la Corse, le Val de Loire, la Savoie et l'exportation.



Côte d'Arve

Située à proximité de Bonneville, sous-préfecture de la Haute-Savoie, la côte d'Arve est un petit terroir qui héberge un seul cru : l'A.O.C. Vin de Savoie cru Ayze.

Le vignoble d'Ayze payait déjà l'octroi en 1270 et St François de Salles signalait la création de la paroisse de la "Mère l'Église sur les vignes" au XVIème siècle. Les vignes s'étendaient aux XVIIIème et XIXème siècles sur plus de 600 hectares situés sur neuf communes, de Châtillon à Bonne-sur-Menoge. Elles n'occupent aujourd'hui qu'une trentaine d'hectares exposés plein sud, composés de terroirs sensiblement différents : éboulis calcaires du massif du Chablais, sédiments glaciaires (strates de molasse argilo calcaires) et sédiments de cascade glaciaire (argile rouge chargée en alumine de fer)
Cette implantation aux limites climatiques de la vigne n'empêche pas la vigne de prospérer ici malgré les risques répétés de gels hivernaux.

Montagne du Chat

On sait qu'en 1244 les ancêtres des comtes de Mareste sont déjà établis dans ce secteur et qu'ils encouragèrent la culture de la vigne.
Le regain viticole date des années 1960 et depuis une dizaine d'années les vignerons ont fait beaucoup d'efforts pour améliorer la qualité de leur production.

 
Cette région située sur le versant ouest de la montagne du Chat est en quelque sorte le prolongement savoyard du vignoble du Bugey. L'assise géologique est très variable : allant de calcaires marneux dans les environs d'Aimavigne et de Jongieux, à des dépôts glaciaires plus ou moins argileux de la région de St-Jean-de-Chevelu et des éboulis calcaires du Jurassique pour les territoires qui abritent les A.O.C. Marestel et Monthoux.
L'altitude du vignoble varie entre 250 et 650 mètres. Malgré la barrière formée par la montagne du Chat haute de 1150 mètres, la vigne jouit ici d'un microclimat généré par le lac du Bourget qui joue un rôle modérateur en adoucissant les rigueurs de l'hiver et en rafraîchissant les chaleurs estivales. Selon le vallonnement l'exposition va de sud-ouest à nord-est
.

On notera au passage que s'il existe dans nos Savoie des vignobles pentus, celui de Monthoux est véritablement "le vignoble de l'escalade" avec des pentes de plus de 40%.

Rive Sud du Léman

 

La région a été plantée en vignes depuis la période romaine, et l'on trouve dans les archives de 1334 du bourg d'Yvoire des mentions de celliers et de vignes qui jouxtaient les fossés de la villeneuve. Ce n'est que plus tard vers 1430, que la région sera encépagée en Chasselas.
- Ripaille s'étend sur des terrasses lacustres formées de graviers et de sable.
- Les vignoble de Marin et de Marignan sont implanté sur des dépôts de moraines argileuses.

- Crépy profite des pentes douces du mont de Boisy fait de molasse tertiaire. Ici les coteaux sont bien exposés et profitent du volant thermique généré par la proximité du lac Léman. Cette situation est cependant soumise aux risques importants de gelées hivernales dues au brouillard.
On produisait autrefois dans la région d'Evian un vin nommé Marêches, mais cette "appellation" a elle aussi disparu.

Rives du Rhône

 

Le terroir des rives du Rhône présente la particularité (comme celui d'Abymes) d'être à cheval sur les deux départements de l'Ain et de la Haute-Savoie.

Les vignobles sont implantés entre 200 et 400 mètres d'altitude sur des alluvions glaciaires ou sur des mollasses sableuses qui descendent en pente douce vers le Rhône. Cette partie de la vallée jouit d'une bonne exposition et d'un climat particulièrement favorable.
On produit ici la Roussette de Seyssel ainsi qu'un excellent pétillant.


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Seyssel, le pont entre l'Ain et la Hte Savoie

Vallée des Usses

Dispersé sur un fond de molasses miocènes, nappé de moraines würmiennes, le petit terroir de la vallée des Usses n'excède pas 500 mètres d'altitude.
Si le terroir de Frangy a, depuis le début du XXème siècle, fortement régressé, le vignoble s'est peu à peu reconstitué dans ce canton qui compte parmi les plus chauds de la Haute-Savoie.
On cultive ici la fameuse Roussette de Frangy, ainsi que le Gamay et la Mondeuse.

SITES PARTICULIERS

 

Nous n'avons évoqué jusqu'à présent que les grandes régions viticoles des Savoie. Pourtant quelques vignobles résistent encore à l'urbanisation et à l'industrialisation de nos vallées, ils sont le fruit d'une volonté farouche profondément ancrée dans notre terroir montagnard. Bien entendu ces vignobles sortent des chemins battus et n'ont pas droit aux appellations, mais ils s'en moquent car ils sont bien vivants. De Féchy à la Tarentaise, de Carra à la Maurienne allons à la rencontre des vignobles méconnus.

Cevins

Situé dans la partie basse de la vallée de la Tarentaise le vignoble de Cevins a une histoire depuis le Xème siècle, on se souviendra dans quelques années des conditions de sa renaissance.

Victime du phylloxéra et de l'introduction d'hybrides médiocres ce vignoble fut peu à peu délaissé et le coteau du Calvaire à Cevins fut envahi par les friches et ses murets s'effondrèrent. A la fin de la Seconde Guerre mondiale ne subsistait de ce coteau exceptionnellement situé et bien orienté au sud, qu'un terrain noir et désolant.

Heureusement un collectif de bonnes volontés parmi lesquelles il faut compter l'association Vivre en Tarentaise, les élus et la population de Cevins, et le vigneron Michel Grisard, commença dès 1997 à reformer le vignoble disparu. La tâche était ardue puisqu'il fallut rassembler 450 parcelles appartenant à plus de 250 propriétaires. Il fallut aussi trouver les financements, convaincre les administrations agricoles, les douanes, le Conseil Général, l'État ...
You need flash. 50 ans d'histoire à Cevins
Photos S. Deltour. Morphing R.Jeantet
On dut ensuite arracher friches et bouleaux, bêcher le terrain et remonter les murets. Des Compagnons du Tour de France rénovèrent les toitures des sartos. On planta sur les terres du Calvaire les cépages qui font l'honneur de nos montagnes : Mondeuse blanche (95 ares), Persan (1,70 ha) , Mondeuse (20 ares), Malvoisie et Altesse (35 ares) sur le versant de la Clusaz, et Pinot gris (33 ares), Altesse (1,7 ha), Chardonnay (6 ares), Roussanne (54 ares) et Jacquère (1ha) sur le côté du village.

Aujourd'hui l'expérience est concluante et on a pu faire depuis 2002 des vendanges d'Altesse, de Jacquère, de Mondeuse et de Persan. L'aventure ne fait que commencer pour Cevins et le domaine des Ardoisères.
Pour encore plus d'informations et de photos sur le vignoble des Ardoisières, vous pouvez visiter l'excellent site Couleurs de Montagne.

Carra

Le terroir de Carra possède une bien curieuse particularité : il est situé sur la zone franche, à cheval sur la frontière Franco-Suisse. L'appellation Vin de Savoie ne concernant que les vins provenant du territoire de la commune haut-savoyarde de Ville-la-Grand et vinifiés en France.
Le mot Carra (avec deux r du côté savoyard et un seul du côté suisse !) vient du latin quadrivium qui signifie quatre voies et a pu donner le mot "carrefour".
La culture de la vigne est attestée ici depuis une période reculée qui connut certainement son apogée à la fin du XIXème siècle, les vins de Carra étaient alors si réputés en Suisse qu'il donnaient lieu à des fraudes sur les marchés genevois où ils étaient vendus comme crus vaudois ! Ainsi le vin du côteau de Charamandes obtenait une médaille d'or en 1896 à l'exposition universelle de Genève.

Le terroir de Carra eut grand peine à survivre au deuxième conflit mondial puis à l'urbanisation et c'est grâce au travail de M. Albert Chappuis viticulteur-hybrideur (il créa entre autres le Gamay Teinturier Chappuis) que le vignoble de Carra obtint en 1963 l'appellation VDQS, puis en 1973 l'appellation Vin de Savoie.

Les vignes de Carra de part et d'autre de la frontière

Il y avait une soixantaine de vignerons en 1939 sur la commune de Ville-la-Grand, il n'en reste aujourd'hui que trois qui continuent à travailler la dizaine d'hectares du côteau en Chasselas, Gamay et Pinot noir. Seul un d'entre eux continue à produire sous l'appellation Vin de Savoie.
Le vin blanc de Carra est un vin léger et fin, aux arômes floraux et fruités et désaltérant, il accompagne très bien les poissons de lac et les fruits de mer.

 

Merci à Jean-Marie Chappuis pour son accueil et ses informations sur le terroir de Carra.

La Maurienne

"Nous dînâmes à Lans-le-bourg, qui est un village au pied de la montagne où est la Savoie et vînmes coucher à deux lieux, à un petit village. Partout il y a forces truites et vins vieux et nouveaux excellents."

Montaigne 1581

La vallée de la Maurienne s'étage d'Aiguebelle à 320 mètres jusqu'au petit village de l'Ecot situé à 2030 mètres d'altitude. On voit aujourd'hui plus de semi-remorques que de vignes en Maurienne. La vallée est en effet (avec la vallée de Chamonix) l'un des principaux points de passage avec l'Italie par le col du Mont Cenis ou par le tunnel du Fréjus. Il n'en a pas toujours été ainsi.

La vigne a été cultivée en Maurienne depuis le Moyen-Age sous toutes ses formes en treille, en haies ou en hutins. En 1756 un rapport annuel adressé à l'Intendant général de la Savoie indique que l'on avait récolté 6874 hectolitres de vin dans la vallée et l'on exploitait encore au début du XXème siècle plus de 2200 hectares de vigne du bas de la vallée jusqu'à Orelle, à plus de 1000 mètres d'altitude.
La plus grande partie de la production viticole n'avait d'autre horizon qu'une consommation familiale. Cependant, certains côteaux produisaient ce que le tous les auteurs des XIXème et XXème siècles de Verneil au Chanoine Gros puis, plus tard, le Docteur Ramain n'hésitaient pas à nommer comme un vin d'exception : le Persan. Ce cépage est probablement originaire de la vallée de la Maurienne.
Les terroirs les plus réputés étaient les sols caillouteux des cônes de déjection de Saint-Martin-la-Porte, Saint-Julien et surtout les pentes du Rocheray dans les environs de St Jean de Maurienne siège de l'évêché (qui en détenait lui-même les meilleures parcelles !). La vallée était le berceau de nombreux crus : Princens, Bonne-Nouvelle, Combaz-Fallet, Frédière, Rippes, Rodours, Foumache, Lancessey, Maréchale, Echaillon, Hermillon, La Casse, St. Avre, etc. dont les qualités étaient vantées par les sociétés savantes de l'époque.

Nous avons dégusté récemment un Persan originaire d'Orelle (à plus de 1000 mètres d'altitude) d'une grande complexité de goûts et d'arômes, titrant à 14°, qui nous a procuré un plaisir rare.

 La vigne à St Jean de Maurienne

Un autre cépage était cultivé en Maurienne le "Blanc de Maurienne" ou vin des Evêques. On sait encore peu de choses sur ce cépage rarissime, des recherches récentes l'ont apparenté à la Rèze encore cultivée dans le Valais en Suisse.

Les habitants les plus aisés de la plupart des communes de Maurienne, possédaient une parcelle de vigne sur un de ces terroirs.
Comme bien des vignobles savoyards celui de Maurienne n'a pas survécu aux attaques du phylloxéra et c'est une industrialisation forcenée après la deuxième guerre mondiale (et la pollution qui en a découlé) qui seront la cause de la quasi disparition de la vigne en Maurienne. Il subsiste quelques parcelles ici et là qui font le bonheur de quelques autochtones aussi résistants que leurs ceps.

Heureusement une initiative courageuse fait renaître la vigne en Maurienne. L’association Solid’Art qui avait créé « L’aura », structure composée de 42 000 petites auras d’aluminium gravées, a voulu diversifier son activité sociale de réinsertion en replantant de la vigne dans la vallée dans le but de de réintroduire le Persan dans son berceau d’origine.
La première plantation de vigne, après défrichage des taillis, a eu lieu en 2008 à Hermillon et s'est poursuivie en 2009 et 2010 sur Hermillon et St Julien Montdenis. Enfin c'est St Jean de Maurienne qui a vu le retour du Persan sur ses pentes au printemps 2011.
L’exploitation compte actuellement plus de 35 ares de vigne. La culture est conduite avec un itinéraire technique d'Agriculture Biologique depuis le début et l’exploitation est non mécanisée.

Les premières dégustations ont eu lieu à l'automne 2011 et l'on peut dire que la première vendange est un coup de maître ! En effet, l'assemblage 2010 de Persan, de Mondeuse et de Douce-noire a été très vivement apprécié par les oenologues et par les amateurs avertis.

N'ayant peur de rien, les Mauriennais ont aussi réintroduit une autre activité agricole typique de la Maurienne mais quasiment disparue : la culture du safran. La Safranière a été implantée en 2009 sur le site de St Julien Montdenis.

La Maurienne est célèbre pour être le berceau de la Maison de Savoie. Humbert aux Blanches Mains, probablement né vers 985 d'une famille saxonne fut en effet le premier Comte de Savoie. Il reçut sa charge vers 1034 de l'Empereur Conrad le Salique et mourut au Chatel vers 1048.
On peut encore voir son tombeau sous le porche de la cathédrale de Saint Jean de Maurienne.

La Tarentaise

A l'image de la Maurienne, la Tarentaise fut un terroir où l'on cultiva la vigne jusqu'à la crise phylloxérique. Pierre Tochon évoque 754 hectares en 1887, plantés de cépages qui, outre le Hibou et la Douce-noire, n'étaient souvent pas répandus dans les autres vignobles savoyards ; il cite aussi la Gouche ou Guy-noir, la Rogettaz, le Rognin, la Grosse-rogettaz, le Belochin et la Douce-noire grise (!). Aucun de ces cépages rouges ne donnaient semble-t-il de vins de qualité.
Les cépages blancs avaient eux aussi leur singularité : la Gouche blanche ou Guy-blanc, le Verpelin blanc et le Blanc-verdan. Aucun de ces cépages n'a survécu aujourd'hui.

Comme nous l'avons vu précédemment, la crise phylloxérique sonna le glas de la vigne en Tarentaise et accéléra le mouvement d'abandon de cette culture qui avait déja commencé avec l'expatriation de nombre d'habitants de la vallée vers des contrées plus riches comme Paris où ils devinrent écaillers ou polisseurs-bronzeurs. "La population de Tarantaise commençait à peine à suffire aux travaux des champs et des prés. Comment aurait-elle suffi à ceux de la vigne ?"
Heureusement la population locale n'a pas accepté de voir disparaitre une tradition et un savoir-faire. Des initiatives associatives ont donné l'impulsion nécessaire au retour de la vigne en Tarentaise. Tout d'abord dans le bas de la vallée, à Cevins (voir article précédent), avec l'association Vivre en Tarentaise.
Aujourd'hui c'est l'association Vignes de Tarentaise, créee en 2008 avec le concours de l'Assemblée des Pays de Tarentaise-Vanoise. Elle a pour objectif de sauvegarder et de réhabiliter les vignobles du Versant du soleil à 900 mètres d'altitude, entre Moûtiers et Bourg-Saint-Maurice. L'association a lancé un cycle de formations et d'informations adressées "à tous les gens du pays susceptibles d'entretenir une parcelle de vigne, de donner la main au grand-père ou de bichonner le cep grimpant sur le mur du garage". Grace à ce réseau énergique et inventif la vigne n'est pas morte en Tarentaise.

ARCHEOLOGIE VITICOLE

Pour conclure cette page consacrée aux terroirs savoyards voici une visite de sites où la vigne fut cultivée mais d'où elle a (quasiment) disparu. Le premier témoignage de cette activité est souvent une étiquette.

On trouvera en page "Cartes postales" des illustrations de certains de ces terroirs disparus

Bossey (74)

Bossey est un petit village situé au pied du Salève, à 5 ou 6 km de Genève, qui dépendait du territoire du Roi de Sardaigne pour le civil et de Genève pour le religieux, il est aujourd'hui en Haute-Savoie. Longtemps les vignes furent les seules ressources de ses habitants. En 1148 l'obituaire du chapitre de Saint-Pierre de Genève faisait obligation chaque année au Comte Amédée de Savoie de donner un tonneau de Bossey aux chanoines et il semble que ce vin ait joui d'une certaine renommée depuis cette époque.
Comme dans tous les autres terroirs, la crise phylloxérique fit des ravages et 120 ha des 200 existants auparavant furent replantés. En 1935 on n'en trouvait déjà plus que 19 ! L'agriculture locale s'était tournée vers le maraîchage, moins exigeant et plus rentable.
Une embellie eut lieu après la seconde guerre mondiale et le vin de Bossey obtint l'appellation Vin De Qualité Supérieure par arrêté ministériel du 27 octobre 1963. Il ne subsiste plus de vigne aujourd'hui à Bossey !

Monnetier-Mornex (74)

La petite ville de Monnetier-Mornex ( 2 163 habitants en 2005) située tout près de Genève, se trouve répartie en trois villages entre le Salève, le petit Salève et le Mont Gosse.
La vigne y est certainement apparue vers le XIVème siècle. Une bulle pontificale de 1599, précise que pour son traitement, le curé de Reigner devait recevoir (entre autres) : "dix-huit setiers de vin, mesure de Mornex".
On cultivait à Mornex du Chasselas, avec un peu de rouge "qui murissait mal les mauvaises années". La production alimentait les particuliers et les 7 cafés de la commune.

Evidemment, la vigne disparut des coteaux de Mornex avec l'urbanisation et il n'en subsiste quasiment rien depuis les années 1950.

Sources : Bulletin municipal de Monettier-Mornex-Esserts n°14, année 1992.
Merci à G. LEPERE, webmaster de La Salévienne.

Talloires (74)


Cette étiquette date sans doute de l'entre-deux guerres, on peut encore y deviner le village de Talloires, son église, des vignes.
On ne cultive plus guère de vigne sur les bords du lac d'Annecy. Ses rives en étaient pourtant garnies au début du siècle, d'Annecy-le-Vieux au Bout du lac (Voir la page "Cartes postales").

Robert Jeantet nous rapporte cette anecdote :
"En amont de l'église de Talloires, le terrain qui sert actuellement de cimetière à cette petite commune appartenait jadis à un dénommé Motte qui cultivait du raisin. Quand la commune a repris le terrain pour lui donner sa fonction actuelle le souvenir de Motte a perduré, de sorte qu'il arrive aux personnes âgées de Talloires d'utiliser parfois une expression qui rappelle le lointain passé : "Ah, l'an prochain, je serai dans la vigne à Motte..."

Cette étiquette provient des collections de l'Association d'histoire et d'archéologie les Amis de Viuz-Faverges, elle est visible au Musée de la vigne et du vin à Montmélian.